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  4.  » Biodégradabilité des détergents : ce que change le règlement (UE) 2026/405

Le règlement (CE) n° 648/2004 relatif aux détergents fixe, depuis 2005, des exigences de biodégradabilité applicables aux tensioactifs utilisés dans les détergents. Ces exigences conditionnent leur mise sur le marché et distinguent deux niveaux de biodégradation : primaire et ultime.

Le règlement actuel est remplacé par le règlement (UE) 2026/405, publié au Journal officiel et entré en vigueur en mars dernier. Cependant, son application effective n’interviendra qu’en septembre 2029, le règlement 648/2004 restant pleinement en vigueur jusqu’à cette date.

Sur le seul volet de la biodégradabilité, ce nouveau texte modifie significativement l’approche retenue jusqu’ici : élargissement du champ d’application à de nouveaux composants, recentrage des exigences applicables aux tensioactifs sur la biodégradation ultime en aérobiose et disparition du mécanisme de dérogation reposant notamment sur la biodégradation primaire. Ces évolutions, qui s’échelonneront entre 2029 et 2034, méritent néanmoins d’être anticipées dès à présent par les industriels du secteur.

 

Calendrier d’application

  • 22 mars 2026 : entrée en vigueur du règlement (UE) 2026/405 (début du délai de transition de 42 mois).
  • 23 septembre 2029 : application du nouveau règlement et abrogation du règlement 648/2004.
  • 23 mars 2032 : exigences de biodégradabilité – mise en conformité obligatoire pour les films polymères hydrosolubles.
  • 23 mars 2034 : exigences de biodégradabilité – mise en conformité obligatoire pour les substances organiques ajoutées intentionnellement à ≥ 10 % m/m.
  • Les produits déjà conformes au règlement 648/2004 et mis sur le marché avant le 23 septembre 2029 pourront continuer à être commercialisés indéfiniment (article 36(1)). Ceux mis sur le marché entre le 23 septembre 2029 et le 22 septembre 2030 pourront l’être jusqu’au 23 septembre 2030 seulement (article 36(2)).

 

  1. Un champ d’application considérablement élargi

Le règlement 648/2004 concentrait ses exigences de biodégradabilité sur les seuls tensioactifs. Le règlement 2026/405 introduit, pour la première fois, des objectifs pour deux catégories de composants jusqu’ici non couvertes :

  • Les films et les polymères composant ces films devront répondre à des critères de biodégradabilité à compter du 23 mars 2032.
  • Les substances organiques (autre qu’un tensioactif ou un film polymère) intentionnellement ajoutées et présentes à hauteur d’au moins 10 % de la masse totale du produit devront remplir les exigences de biodégradabilité d’ici le 23 mars 2034.

Ces substances autres que les agents de surface peuvent persister dans les eaux usées et s’accumuler dans l’environnement si elles ne sont pas retirées en station d’épuration. Le seuil de 10 % se calcule sur la base de la masse totale des substances, eau exclue, afin de garantir un traitement équitable entre produits liquides et solides et d’éviter tout effet de dilution.

Sur le plan opérationnel, l’article 4 du règlement 2026/405 formalise ce calendrier :

Catégorie Partie de l’annexe I Critère Échéance
Tensioactifs et détergents en contenant Partie A Biodégradation ultime en aérobiose Dès l’application du règlement, le 23 septembre 2029
Films ou polymères contenus dans les films Partie B Critères à définir par la Commission 23 mars 2032
Substances organiques ajoutées intentionnellement (≥ 10 % w/w) Partie C Critères à définir par la Commission 23 mars 2034
Dérogations pour certaines substances organiques Partie D Selon conditions à définir

La Commission européenne est chargée de définir les critères et méthodes d’essai correspondants selon une approche progressive, en priorisant les composants susceptibles d’avoir les impacts environnementaux les plus significatifs.

 

  1. Les tensioactifs : une exigence maintenue, des critères restructurés

Le règlement 2026/405 réaffirme le principe déjà présent dans le règlement 648/2004 : les tensioactifs, et les détergents qui en contiennent, doivent répondre aux critères de biodégradation ultime en aérobiose. Les agents de surface, bien qu’essentiels à l’efficacité des détergents, présentent un risque environnemental lorsqu’ils sont rejetés dans les réseaux d’assainissement ou directement dans les eaux de surface.

La principale évolution tient à la disparition, dans le nouveau règlement, de la biodégradation primaire en tant que composante du dispositif réglementaire applicable aux tensioactifs.

 

a. Une définition qui s’efface

Le règlement (CE) 648/2004 définit, en son article 2(7) et (8), deux notions distinctes :

  • la biodégradation primaire : la transformation structurelle du tensioactif entraînant la perte de ses propriétés tensioactives ;
  • la biodégradation finale en aérobiose : la substance totalement utilisée par les micro-organismes, qui la décomposent en dioxyde de carbone, eau et sels minéraux (minéralisation) et en nouveaux constituants cellulaires microbiens (biomasse).

Le règlement 2026/405 ne reprend plus la définition de la biodégradation primaire dans son article 2, et ne fixe plus aucun seuil de conformité pour ce paramètre (qui est de 80 % sous le règlement 648/2004).

 

b. Une exigence unique : le seuil de minéralisation

À compter du 23 septembre 2029, tous les tensioactifs devront satisfaire directement au critère de biodégradation ultime en aérobiose pour pouvoir être mis sur le marché. Les critères restent fixés à 60 % de biodégradation en 28 jours pour les méthodes fondées notamment sur la consommation d’oxygène ou la production de CO₂, et à 70 % pour les méthodes fondées sur l’élimination du carbone organique dissous (DOC).

Deux conditions d’essai, déjà présentes dans le règlement actuel mais qui deviennent désormais incontournables en l’absence de voie alternative, méritent une attention particulière.

  • Pas de pré-adaptation de l’inoculum : l’inoculum, le mélange de micro-organismes, souvent issu de boues d’épuration, utilisé pour dégrader la substance testée, ne peut pas être préalablement exposé à la substance testée avant le démarrage de l’essai. Les tests doivent être réalisés avec des populations microbiennes non pré-exposées, afin de vérifier que la substance est réellement dégradable dans des conditions environnementales réalistes.
  • Pas de règle de la « fenêtre de 10 jours » : les méthodes d’essai à mettre en œuvre (C.4-A à C.4-F) sont les mêmes que celles employées par l’OCDE pour cribler la « biodégradabilité facile » d’une substance. Habituellement, la substance doit franchir le seuil de passage dans les 10 jours suivant le moment où elle atteint 10 % de dégradation, faute de quoi elle est considérée en échec, même si elle atteint 90 % en 28 jours. Le règlement sur les détergents reprend ces mêmes méthodes mais il écarte explicitement la fenêtre de 10 jours. Par conséquent, seul compte le résultat final à 28 jours, quel que soit le rythme de dégradation.

Ces conditions de test ne sont pas nouvelles : elles figurent déjà dans le règlement actuel et s’imposent lors des essais de biodégradation ultime, quel que soit le tensioactif testé. Ce qui change, c’est la conséquence d’un échec à ce test. Le règlement 648/2004 permet encore, pour les tensioactifs destinés aux détergents à usage industriel ou institutionnel, une dérogation conditionnée à la démonstration d’une biodégradabilité primaire et à une évaluation complémentaire des risques. Cette voie disparaîtra avec la suppression de la biodégradabilité primaire.

 

c. La suppression du système de dérogation par la biodégradabilité primaire

Sous le règlement 648/2004, la biodégradabilité primaire jouait un rôle de « filet de sécurité » : un fabricant dont le tensioactif échouait au test de biodégradation finale en aérobiose pouvait solliciter une dérogation, à condition de démontrer un niveau de biodégradation primaire d’au moins 80 %.

Le règlement 2026/405 supprime cette voie de dérogation systématique pour les tensioactifs. L’approche par étapes est désormais réservée à l’intégration progressive des nouveaux composants (films et substances organiques à haute concentration) dans le champ de la biodégradation finale en aérobiose, avec des échéances fixées à 2032 et 2034. La biodégradabilité primaire n’offre pas, aux yeux du législateur européen, une protection environnementale suffisante contre les métabolites persistants. Le seuil de minéralisation devient l’exigence unique applicable.

 

  1. Une approche progressive pour les nouveaux composants

Pour les films polymères et les substances organiques à haute concentration, le règlement 2026/405 ne fixe pas encore de critères techniques détaillés : il délègue cette tâche à la Commission européenne, selon un calendrier précis.

Catégorie de substance Critères de biodégradabilité Méthodes d’essai et conditions Échéances
Films et polymères (capsules de détergents) Critères à établir par la Commission Méthodes d’essai à définir par actes délégués Critères d’ici mars 2029 ; conformité obligatoire d’ici le 23 mars 2032
Autres substances organiques intentionnellement ajoutées à ≥ 10 % m/m, hors eau Critères à établir par la Commission Méthodes d’essai à définir par actes délégués Critères d’ici mars 2031 ; conformité obligatoire d’ici le 23 mars 2034, dérogations possibles

L’article 34(1) du règlement prévoit par ailleurs que, dans son rapport de réexamen dû au plus tard le 23 mars 2033, la Commission devra évaluer la faisabilité d’étendre les critères de biodégradabilité à des substances organiques intentionnellement ajoutées présentes à des concentrations inférieures à 10 %, voire d’abaisser ce seuil. Cette clause de revoyure confirme la logique progressive du texte : les exigences actuelles ne constituent qu’une première étape, appelée à se renforcer avec le temps.

 

  1. Exigences pour les laboratoires d’essai

Le règlement maintient des exigences strictes quant à la qualification des laboratoires réalisant les essais de biodégradabilité sur les tensioactifs. Ceux-ci doivent répondre à l’une des deux conditions suivantes :

  • respecter les principes de bonnes pratiques de laboratoire (BPL), conformément à la directive 2004/10/CE ; ou
  • être accrédités selon la norme internationale ISO/CEI 17025, conformément au règlement (CE) n° 765/2008.

Ces exigences garantissent l’homogénéité et la fiabilité des résultats d’essai à l’échelle de l’Union, condition indispensable à une surveillance du marché efficace.

 

Ce qu’il faut retenir

Le règlement (UE) 2026/405 marque un tournant dans l’approche européenne de la biodégradabilité des détergents :

  • Une application à compter du 23 septembre 2029 seulement, le règlement 648/2004 restant en vigueur jusqu’à cette date, suivie d’une extension du champ d’application au-delà des tensioactifs, avec des échéances à 2032 (films polymères) et 2034 (substances organiques ≥ 10 %) ;
  • Des exigences restructurées autour d’un critère unique : disparition de la biodégradabilité primaire, critère unique de biodégradation finale/ultime en aérobiose pour les tensioactifs ;
  • Suppression du système de dérogation historique fondé sur la biodégradabilité primaire pour les tensioactifs ;
  • Une trajectoire réglementaire progressive, avec des critères techniques encore à définir par la Commission d’ici 2029 et 2031, et une clause de réexamen ouvrant la porte à un durcissement futur du seuil de 10 %.

 

Pour les fabricants de détergents, leurs formulateurs et leurs fournisseurs de tensioactifs ou de polymères, l’enjeu est double : vérifier dès à présent que les données disponibles sur les tensioactifs permettent de démontrer leur conformité aux critères de biodégradation ultime qui s’appliqueront à partir de 2029, et anticiper les futures exigences concernant les films, les polymères et les autres substances organiques entrant dans les formulations. Les échéances de 2029, 2031, 2032 et 2034 doivent d’ores et déjà être intégrées dans les feuilles de route réglementaires et R&D des entreprises concernées.

 

Vous avez des questions sur la conformité de vos tensioactifs, polymères ou formulations à usage détergent ? Equitox peut vous accompagner dans l’évaluation des données disponibles, l’identification des éventuels besoins d’essais et l’anticipation de ces nouvelles exigences réglementaires.

 

N’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : contact@equitox.eu.

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