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  4.  » Résorcinol : un premier cas concret d’application des critères ED du CLP

Le 5 juin 2026, le Comité d’évaluation des risques (RAC) de l’ECHA a adopté un avis recommandant la classification harmonisée du résorcinol comme perturbateur endocrinien (PE) pour la santé humaine de catégorie 1 (ED HH 1 – EUH380). Publié le 11 septembre[1], cet avis constitue la première recommandation du RAC pour cette nouvelle classe de danger introduite dans le CLP en 2023.

Cette recommandation doit encore être adoptée par la Commission européenne et intégrée à l’annexe VI du CLP pour devenir une classification harmonisée juridiquement applicable.

Au-delà du précédent réglementaire, le cas du résorcinol permet de comprendre comment les nouveaux critères ED du CLP sont appliqués en pratique. Il montre aussi ce qui distingue cette démarche de classification des approches suivies dans d’autres cadres réglementaires, notamment celle de l’évaluation PE pour les biocides et les produits phytopharmaceutiques ou encore l’évaluation de substance et/ou l’identification SVHC sous REACh.

 

Classification CLP versus Evaluation PE : des fondements scientifiques communs, mais deux exercices réglementaires différents

Le guide ECHA/EFSA (2018), élaboré dans le cadre des réglementations relatives aux biocides et aux produits phytopharmaceutiques, est également cité dans le guide CLP (2024). Ce dernier reconnaît des fondements scientifiques communs aux deux approches, tout en précisant que la classification des perturbateurs endocriniens doit suivre les critères et orientations propres au CLP.

Ce guide organise l’évaluation autour de trois composantes : activité endocrinienne, effets néfastes et lien biologiquement plausible entre les deux. Il prévoit une stratégie par scénarios, selon les paramètres investigués et les résultats observés. Les données disponibles peuvent permettre de conclure sur le caractère PE d’une substance, ou révéler le besoin d’investigations complémentaires.

Le classification PE du CLP repose sur les mêmes fondements scientifiques. Son guide renvoie d’ailleurs à celui de l’ECHA/EFSA. Mais la question décisionnelle est différente : les données disponibles sont-elles suffisamment convaincantes pour justifier une classification, et dans quelle catégorie ?

Selon la classification et la catégorie soutenue, l’analyse repose sur l’ensemble des informations disponibles et pertinentes, sans pouvoir imposer la génération de nouvelles données avant de conclure.

 

Comment le RAC a-t-il conclu à la classification ED HH 1 du résorcinol?

Dans le cas du résorcinol, les preuves convergent vers une perturbation du système thyroïdien. L’activité endocrinienne est notamment étayée par l’inhibition de la thyroperoxydase (TPO), enzyme impliquée dans la synthèse des hormones thyroïdiennes.

Une particularité du dossier réside dans le poids accordé aux cas cliniques humains historiques, rapportant notamment hypothyroïdie et goitre après des expositions répétées. Leur pertinence a été discutée, en particulier en raison des conditions d’exposition et des différences avec certaines données animales.

Dans son avis, le RAC examine ces limites, les données toxicocinétiques et la cohérence des observations. La régression des effets après l’arrêt de l’exposition contribue notamment à soutenir le lien causal. Les données animales apportent un soutien complémentaire aux observations humaines.

Le RAC s’appuie aussi explicitement sur le guide CLP : certains effets thyroïdiens dits « T-mediated », notamment les modifications du poids et de l’histopathologie de la thyroïde, peuvent apporter des preuves à la fois d’effets néfastes et d’activité endocrinienne.

Certains commentaires reçus lors de la consultation publique soulignaient l’absence de démonstration d’effets sur le cerveau en développement. En réponse, le RAC précise que les effets néfastes sur la thyroïde peuvent déjà suffire à justifier une classification. Il juge les observations humaines, cohérentes avec l’inhibition de la TPO et soutenues par les études animales, suffisamment convaincantes pour recommander la catégorie ED HH 1, malgré les incertitudes restantes.

Pour le RAC, il n’était donc pas nécessaire de démontrer expérimentalement chaque étape du mode d’action pour conclure dans ce dossier.

 

Identification SVHC : l’avis du RAC peut-il faire avancer le dossier ?

Pour la santé humaine, la classification CLP n’est pas la seule procédure engagée pour classer/identifier la substance comme PE. La France a proposé en 2020 d’identifier le résorcinol comme substance extrêmement préoccupante (SVHC) en raison de ses propriétés PE pour la santé humaine.

Cette procédure exige, au titre de l’article 57(f) de REACH, de démontrer un niveau de préoccupation équivalent à celui des autres catégories de SVHC visées par le règlement.

En 2020, une majorité des membres du comité des États membres de l’ECHA reconnaissait déjà les propriétés PE du résorcinol au sens de la définition de l’OMS. L’unanimité n’avait toutefois pas été atteinte sur ce niveau de préoccupation équivalent. Le dossier avait donc été transmis à la Commission européenne, dont la décision reste en attente[2].

L’avis du RAC pourrait conforter l’argumentation scientifique du dossier SVHC défendu par la France. Toutefois, une classification harmonisée ED HH 1 ne déclenche pas automatiquement l’inscription sur la liste candidate. Reste à voir si cette nouvelle étape permettra de faire avancer la procédure.

 

Pour l’environnement, pas de classification PE défendue, mais des évaluations REACh en cours

Le volet environnemental du caractère PE du résorcinol fait toujours l’objet d’une évaluation de substance sous REACH.

Une première évaluation clôturée en octobre 2017 par la Finlande avait identifié des éléments en faveur d’une perturbation thyroïdienne, notamment par inhibition de la TPO. Elle n’avait toutefois pas permis de conclure sur les propriétés PE pour l’environnement : les effets néfastes pertinents à l’échelle des populations n’étant pas suffisamment étudiés. Estimant que les méthodes d’essais alors disponibles ne permettraient probablement pas de lever ces incertitudes, la Finlande avait clôturé son évaluation sans demander de données expérimentales supplémentaires.

La France a ensuite engagé en 2019 une nouvelle évaluation pour clarifier cette préoccupation. C’est dans cette procédure, distincte de la classification harmonisée, que l’ECHA a demandé un essai de croissance et de développement chez les amphibiens (Larval Amphibian Growth and Development Assay – LAGDA, OCDE TG 241). Contestée par le déclarant, cette demande a été confirmée par la chambre de recours de l’ECHA en janvier 2023, avec une échéance de transmission des résultats fixée au 24 juillet 2024[3]. L’évaluation française reste aujourd’hui affichée au statut « Information requested » sur le portail de l’ECHA.

 

Ce que ce premier cas nous apprend

Le cas du résorcinol montre que l’application des nouvelles classes PE du CLP ne revient pas simplement à transposer la stratégie ECHA/EFSA développée pour les biocides et les produits phytopharmaceutiques.

Les fondements scientifiques restent communs : activité endocrinienne, effets néfastes, lien biologiquement plausible, poids de la preuve et analyse du mode d’action. Ce qui change, c’est la question réglementaire à laquelle ces preuves doivent répondre.

Le contraste est particulièrement instructif : pour la santé humaine, le RAC a jugé les preuves disponibles suffisamment convaincantes pour recommander une classification ED HH 1 sous CLP, alors que la procédure d’identification SVHC reste en attente de décision sous REACH. Pour l’environnement, l’évaluation de substance sous REACH a conduit à demander des données supplémentaires afin de clarifier les effets néfastes potentiels à l’échelle des populations.

Ces différences reflètent les objectifs propres à chaque procédure. Selon les scénarios du guide ECHA/EFSA, poursuivre l’évaluation peut nécessiter des données supplémentaires. Sous CLP, il s’agit de déterminer si les preuves disponibles justifient une classification, sans nécessairement disposer d’un jeu de données expérimental exhaustif.

L’enjeu n’est donc pas seulement de disposer de données, ni de tout connaître du danger, mais de savoir ce que les preuves permettent déjà de conclure au regard des critères applicables.

 

[1] ECHA – Resorcinol: harmonised classification and labelling procedure

[2] ECHA – Resorcinol: SVHC identification procedure

[3] ECHA Board of Appeal – Case A-009-2021

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